Chaque année, c’est la même histoire : les températures chutent, les routes se chargent d’humidité, de sel… et toi, tu regardes ta moto en te demandant si tu vas continuer à rouler ou si c’est l’heure d’hiberner. Si tu fais partie de ceux qui préfèrent laisser la belle au chaud pendant l’hiver, tu es au bon endroit.
Mal hiverner sa moto, c’est prendre le risque de redémarrer au printemps avec une batterie HS, un réservoir rouillé, des pneus carrés… et un moral au fond du casque. Alors autant faire les choses bien dès maintenant.
Je te propose 6 conseils simples, efficaces (et approuvés par des milliers de deux-roues qui ont survécu à plusieurs hivers) pour que ta moto passe la mauvaise saison en sécurité, et surtout, qu’elle redémarre au quart de tour quand les beaux jours reviennent.
Choisir le bon endroit pour hiverner sa moto
On commence par la base : où va dormir ta moto pendant l’hiver ? Parce qu’une bécane stockée au bon endroit, c’est déjà la moitié du boulot de fait.
L’idéal, c’est :
- Un endroit sec : l’humidité est l’ennemi numéro un. Elle favorise la rouille, l’oxydation des connectiques et les mauvaises surprises électriques.
- À l’abri du vent et de la pluie : sous-sol, garage, box, grange saine… tout ce qui protège des éléments est un plus.
- À l’écart des variations de température : les gros écarts chaud/froid créent de la condensation, donc de l’humidité, donc des ennuis.
Pas de garage ? Tu peux quand même limiter la casse :
- Utilise une bâche de qualité respirante, pas une bâche 100 % plastique qui garde l’humidité prisonnière.
- Évite de laisser la moto sous un arbre (feuilles, résine, fientes d’oiseaux… un festival).
- Si possible, mets-la sur une surface dure (dalle, planche, parking) plutôt que directement sur la terre ou l’herbe.
Imagine ta moto comme un bon vin : si tu veux qu’elle vieillisse bien, il lui faut une bonne cave.
Préparer le réservoir et le circuit de carburant
Beaucoup de problèmes au redémarrage viennent du carburant : essence vieillie, dépôts dans les carburateurs, pompe à essence capricieuse… Un petit geste maintenant peut t’éviter une séance de poussette en mars.
Tu as deux options principales, selon ton type de moto et ton carburant :
- Réservoir plein avec additif : Si ton réservoir est en métal, le laisser plein réduit le risque de rouille à l’intérieur. Ajoute un stabilisateur de carburant (spécial hivernage) dans le plein, fais tourner le moteur quelques minutes pour qu’il circule dans tout le circuit. C’est la solution la plus simple pour les motos récentes à injection.
- Réservoir vide (surtout sur vieille carbu) : Sur certaines anciennes, ou si tu sais que tu vas la laisser immobilisée très longtemps, tu peux préférer vider complètement le réservoir et les cuves de carburateur. Ça évite que l’essence s’évapore et laisse des dépôts qui bouchent les gicleurs.
Dans tous les cas :
- Ferme le robinet d’essence si tu en as un.
- Si tu as des carburateurs, pense à vider les cuves via les petites vis prévues à cet effet (avec un récipient dessous).
- Ne laisse jamais ta moto des mois avec un réservoir presque vide : c’est la meilleure manière de favoriser la condensation et donc la rouille.
Quand l’essence tourne, ce n’est pas seulement ton nez qui souffre, c’est aussi ton moteur.
Protéger la batterie pour éviter la mauvaise surprise
La batterie, c’est la reine des mauvaises blagues au printemps. Tu tournes la clé, tu appuies sur le démarreur… et rien. Silence radio. C’est souvent le résultat de plusieurs mois sans charge.
Pour l’éviter, tu as deux stratégies efficaces :
- Chargeur de maintien (recommandé) : C’est la solution la plus propre. Tu laisses la batterie sur la moto et tu la branches à un chargeur de maintien intelligent (type Optimate, CTEK…). Il gère la charge automatiquement et garde ta batterie en forme sans la surcharger.
- Démontage et stockage : Si tu n’as pas de prise à proximité, démonte la batterie, stocke-la dans un endroit sec, à l’abri du froid glacial, et recharge-la tous les 4 à 6 semaines avec un chargeur adapté.
Dans tous les cas :
- Débranche toujours la borne négative en premier quand tu retires la batterie.
- Vérifie l’état des cosses : si elles sont oxydées, un petit coup de brosse métallique et un peu de graisse permettent d’améliorer le contact.
- Sur les batteries avec bouchons (plomb classiques), contrôle le niveau d’électrolyte et complète avec de l’eau déminéralisée si nécessaire (uniquement si le fabricant l’autorise).
Une batterie bien traitée, c’est une moto qui démarre comme si l’hiver n’avait duré que deux jours.
Soigner les pneus, la chaîne et la partie cycle
Ta moto ne bouge pas, mais ça ne veut pas dire que ses pneus et sa chaîne ne méritent pas un peu d’amour avant le repos.
Côté pneus :
- Si possible, mets ta moto sur béquille centrale ou béquilles d’atelier pour soulager les pneus et éviter qu’ils ne se déforment.
- Si tu n’as pas de béquille, tu peux augmenter légèrement la pression (0,2 à 0,3 bar de plus que la préconisation) et déplacer la moto de quelques centimètres de temps en temps pour changer la zone d’appui.
- Évite les sols froids et humides : tu peux placer des planches sous les roues si la moto dort dans un garage peu isolé.
Côté chaîne :
- Commence par un bon nettoyage avec un produit adapté (ou du gasoil, pour les puristes old school), en faisant tourner doucement la roue arrière.
- Sèche bien, puis applique une graisse à chaîne de qualité. L’idée, c’est que la chaîne reste protégée de l’humidité et ne se pique pas de rouille.
- Profites-en pour vérifier la tension de la chaîne et l’état des dents du kit chaîne.
Partie cycle et visserie :
- Un petit coup de WD-40 ou produit équivalent sur les vis apparentes, les commandes, les charnières de béquille, ça limite l’oxydation.
- Protège les tubes de fourche (surtout si la moto dort dehors) pour éviter les points de rouille qui pourraient flinguer les joints spi.
Ta moto ne tournera pas pendant l’hiver, mais elle n’a pas besoin de se transformer en sculpture de métal piqué pour autant.
Nettoyer, protéger et couvrir la moto
L’hivernage, c’est aussi l’occasion de rendre ta moto propre comme au premier rendez-vous. C’est loin d’être cosmétique : une moto sale retient l’humidité, le sel, les résidus de route… bref, tout ce qu’on ne veut pas laisser pendant des mois.
Étape 1 : lavage complet
- Lave ta moto avec un shampoing spécifique moto ou auto, pas du liquide vaisselle qui est trop agressif.
- Évite le karcher trop près, surtout sur les joints, les roulements, les connecteurs électriques.
- Insiste sur les zones exposées : bas de carénages, jantes, bras oscillant, sabot, dessous de moteur.
Étape 2 : séchage
- Sèche avec une microfibre propre et, si tu peux, laisse la moto finir de sécher à l’air libre, bien à l’abri.
- Un petit tour de démarreur après le lavage (avant l’hivernage définitif) peut aider à chasser l’humidité de l’échappement.
Étape 3 : protection
- Applique une cire ou un polish sur les parties peintes pour créer une barrière contre l’humidité.
- Sur les chromes et les parties métalliques, tu peux appliquer un film protecteur léger (huile spéciale, WD-40 léger) pour limiter la corrosion.
- Évite d’en mettre sur les disques de frein, les plaquettes, les pneus, les repose-pieds… sauf si tu veux tester l’adhérence de manière très sportive au printemps.
Étape 4 : la housse
- Utilise une housse respirante, spécialement conçue pour les motos.
- Si ta moto dort dehors, choisis une housse étanche mais ventilée, sinon tu vas créer un sauna humide dessous.
- Assure-toi que la housse ne frotte pas trop sur les parties sensibles (bulles, peintures), surtout en extérieur si le vent s’en mêle.
Tu ne mets pas ta combi mouillée au fond d’un sac tout l’hiver, alors ne fais pas ça à ta moto non plus.
Antivol, assurance et sécurité pendant l’hivernage
Ce n’est pas parce que tu roules moins que ta moto n’intéresse plus les voleurs. Au contraire, une moto qui reste toujours au même endroit, immobile, est parfois une cible encore plus facile.
Niveau antivol :
- Au minimum, un bon antivol en U homologué, fixé à un point d’ancrage solide (anneau au sol, barrière, poteau…).
- Un antivol de disque peut compléter, mais ne doit pas être ta seule protection.
- Si possible, gare-la dans un lieu fermé et peu visible de la rue.
Côté assurance :
- Même à l’arrêt, pense à vérifier que ton assurance couvre le vol, l’incendie et les dégâts éventuels (chute d’objet dans un box, dégâts des eaux, etc.).
- Si tu envisages de passer ta moto en assurance hivernage ou d’ajuster les garanties, discute-en avec ton assureur : certaines formules permettent de réduire la prime en limitant la couverture aux risques essentiels quand tu ne roules pas.
Et si tu as un tracker GPS, garde-le actif : mieux vaut ne jamais en avoir besoin, mais si ça tourne mal, tu seras content qu’il soit là.
Redémarrer sa moto au printemps sans souci
On y est : les beaux jours reviennent, les températures remontent, les routes sèchent… et ta moto t’attend. Avant de sauter dessus pour partir à la montagne ou à la mer, prends quelques minutes pour une remise en route propre.
Étape 1 : inspection visuelle
- Retire la housse, vérifie qu’il n’y a pas de fuite sous la moto (huile, carburant, liquide de refroidissement).
- Contrôle l’état des pneus : pression, fissures éventuelles, déformations.
- Regarde les disques et plaquettes de freins, assure-toi qu’il n’y a pas de rouille excessive ou de dépôt bizarre.
Étape 2 : batterie et électricité
- Rebranche la batterie si tu l’avais démontée (positif en dernier).
- Teste les phares, clignotants, klaxon, stop… on n’est jamais trop prudent.
Étape 3 : carburant et moteur
- Si tu avais laissé le plein avec stabilisateur, c’est le moment de compléter avec de l’essence fraîche si besoin.
- Sur une moto à carburateur, ouvre le robinet et laisse les cuves se remplir avant de lancer le démarreur.
- Ne mets pas plein gaz au premier démarrage : laisse le moteur tourner tranquillement, le temps que l’huile circule.
Étape 4 : freins et transmission
- Avant de partir, teste les freins à basse vitesse : levier et pédale doivent être fermes, pas spongieux.
- Regarde la chaîne : si elle semble sèche, un petit regraissage s’impose.
Étape 5 : première balade
- Les premières dizaines de kilomètres, roule cool : pneus froids, pilote rouillé, réflexes en rodage… ce n’est pas le moment de jouer au héros.
- Profite-en pour écouter ta moto : bruits suspects, vibrations inhabituelles, comportement étrange… si quelque chose cloche, mieux vaut s’arrêter tôt.
Au bout de quelques kilomètres, tu retrouveras vite tes marques, le sourire sous le casque… et tu te féliciteras d’avoir pris le temps d’hiverner ta moto correctement quelques mois plus tôt.
En résumé : un peu de temps maintenant, beaucoup de plaisir plus tard
Hiverner sa moto, ce n’est pas une corvée pour maniaques du chiffon, c’est un investissement. Quelques heures à :
- Choisir un endroit adapté pour le stockage
- Gérer correctement le carburant
- Protéger la batterie
- Prendre soin des pneus, de la chaîne et de la partie cycle
- Nettoyer et protéger ta moto
- Ne pas oublier la sécurité et l’assurance
… et tu t’évites des galères, des frais imprévus et des jurons au moment du premier démarrage.
Ta moto, c’est un peu ta partenaire de route : si tu la laisses passer l’hiver dans de bonnes conditions, elle te le rendra dès que le soleil reviendra, en repartant comme si de rien n’était. Et toi, tu n’auras plus qu’à profiter de la route.
